Il
y a une vie après la retraite. Libérés des contraintes temporelles
d'une activité professionnelle, beaucoup de seniors peuvent prendre
le temps de rêver. Et même de concrétiser ces rêves !
Le
milieu professionnel les a "remerciés", pas toujours dans
les deux sens du terme. Certains peuvent alors ressentir cette
rupture comme une mise à l'écart douloureuse, une relégation à un
rôle marqué par une forme d'inutilité sociale. Les femmes en
général peuvent échapper à ce sentiment car elles ne sont pas (et
même pas du tout) libérées de leurs tâches domestiques, leur
deuxième métier. Il y a certes pour elles quelques allégements
vite remplacés par des responsabilités nouvelles. Les enfants sont
en principe hors de la coquille. Mais il faut parfois cohabiter avec
un mari omniprésent qui ne pratique que très partiellement le
partage des tâches. Et les petits enfants demandent de l'attention
(et aussi des attentions).
Beaucoup,
heureusement, arrivent en bonne forme et pour plusieurs années à ce
moment de leur existence. Avec des ressources physiques autant
qu'intellectuelles et même une disponibilité qui peut être
judicieusement exploitées. Par la personne concernée d'abord, mais
aussi par la société.
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Plus
récemment, les pratiques ont évolué vers le maintien et le
renforcement de l'autonomie des seniors. Par une offre étendue à
des activités sociales (club, jeu de cartes, thé-dansant),
physiques (marche et même vélo) et culturelles (conférence, visite
d'exposition et de musée, voyage). Des activités qui sollicitent
certes une participation active des personnes concernées. Mais on
reste là dans une relation de consommation de prestations. Ces
activités, qui sont rarement décidées et moins encore organisées
par les bénéficiaires, impliquent toujours un encadrement
professionnel et institutionnel important.
Or
aujourd'hui, on est confronté à un nombre croissant d'aînés qui
entrent (en bonne forme, on l'a dit) dans ce qu'on appelle «
le troisième âge », une période de la vie qui a changé
fondamentalement de nature. Un public qui découvre une forme de
liberté. La liberté bien sûr de ne plus rien faire. Mais liberté
aussi de pouvoir réaliser un rêve en jachère, une ambition
jusque là peut-être refoulée. Liberté enfin de pouvoir présenter,
développer, offrir en partage des compétences jusque là
insuffisamment exploitées, aussi bien par les intéressés eux-mêmes
que par la collectivité.
Les
organismes qui ont pour vocation de prendre en charge cette période
de la vie, conscients de cette évolution de leurs publics (le
pluriel ici s'impose), doivent donc compléter leurs offres. Il
s'agit bien sûr de maintenir les prestations actuelles pour les
personnes partiellement ou totalement dépendantes, notamment celles
du « quatrième âge ». Mais, à côté de cela, il
convient d'étudier les moyens (humains, matériels et financiers) à
mobiliser pour favoriser la mise en valeur et surtout le partage tant
des ressources que des compétences des seniors. Pas seulement comme
animateurs bénévoles des activités premières. Mais davantage,
individuellement ou collectivement, comme entrepreneurs de leur
nouvelle vie et comme créateurs de valeurs ajoutées.
Jean-Claude Crevoisier
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